Types de chapeaux de l’époque médiévale : une étude historique
Porter un chapeau distinctif pouvait signifier la mise à l’écart d’un groupe, ou, à l’inverse, ouvrir les portes à certains avantages. La fourrure, longtemps chasse gardée de la noblesse, n’a pas toujours résisté à l’imagination des artisans qui savaient composer des imitations habiles, assez convaincantes pour tromper l’œil et parfois la loi.
À cette époque, les règlements municipaux ne laissaient rien au hasard : hauteur des coiffes, matériaux permis, tout était mesuré, contrôlé. Certaines corporations exigeaient même des formes précises, assignées à leurs membres comme autant de signes distinctifs. Les couvre-chefs du Moyen Âge dépassent donc le simple rôle d’accessoire,ils incarnent des codes, des frontières, une discipline collective et mouvante.
Plan de l'article
À quoi ressemblaient vraiment les chapeaux du Moyen Âge ?
Finie l’image d’Épinal du chapeau pointu, réduite à la sorcière ou au mage. En réalité, les chapeaux médiévaux affichaient une variété qui ferait rougir un chapelier parisien du XIVe siècle. Sur les enluminures, dans les sermons, au cœur des marchés, le chef s’impose partout. Un détail révélateur : le chapeau ne protège pas seulement du climat. Il range, il départage, il affiche la place de chacun.
Hommes et femmes, chacun avec sa coiffe, chacun son univers. Les femmes privilégient le voile, parfois complété d’une guimpe ou d’un bonnet rigide. Quant aux hommes, ils oscillent entre chaperon à longue queue, bonnet de feutre ou coiffe discrète de citadin. L’artisan, lui, préfère un bonnet pratique, sans fioriture, pensé pour le travail. Les nobles, eux, rivalisent d’ornements : calottes brodées, plumes en panache, rien n’est laissé au hasard.
| Type de chapeau | Porté par | Usage | Époque |
|---|---|---|---|
| Chaperon | Hommes | Ville & voyage | XIVe siècle |
| Voile | Femmes | Vie quotidienne, cérémonie | XIVe – XVIe siècle |
| Bonnet | Artisans | Travail | Tout le Moyen Âge |
| Toque | Bourgeois | Affichage du statut | XVIe siècle |
Dans la capitale, la mode circule à toute allure. Les influences se croisent, venues d’Italie, des Flandres ou d’Angleterre, et s’entrelacent dans les ateliers de Paris. Les chapeliers flairent la tendance, tout en naviguant entre les décrets qui limitent la hauteur, la largeur ou la couleur des couvre-chefs. La mode du Moyen Âge ne se cantonne pas à la coupe d’une tunique : le couvre-chef devient le reflet d’une hiérarchie, d’un métier, voire d’une croyance. Accessoire ? Non, manifeste cousu main, tissé de stratégies sociales et d’histoire.
Sur les marchés du Moyen Âge, les chefs s’observent, s’évaluent, se répondent. Chaque couvre-chef porte sa propre histoire, celle d’un statut social, d’un métier, ou d’une appartenance à une ville. Afficher sa condition par la coiffe devient une évidence, surtout dans la France médiévale. Pour les plus hauts rangs, la distinction se lit dans les détails : toque brodée, bonnet fourré, calotte sertie de métal précieux. À Paris, les chapeliers orchestrent cette partition, négociant entre les lois somptuaires et l’audace créative.
La rue devient théâtre de tissus et de couleurs. Artisans, marchands, clercs arborent leur couvre-chef selon leur fonction. Le bonnet de laine, robuste et simple, sert à l’ouvrier. Le capuchon ample, favori des étudiants, protège du froid autant que des regards. Côté femmes, tout est affaire de nuance : voile, guimpe, hennin effilé, chaque pièce livre un indice sur la situation familiale, le niveau de fortune ou l’observance religieuse.
Quelques exemples révèlent la portée symbolique de ces choix :
- Le voile blanc : il désigne la vertu, réservé aux femmes mariées ou veuves.
- Le chaperon : pratique chez les hommes modestes, il devient un ornement de prestige chez les puissants.
- Les couleurs : rouge, vert, bleu… chaque nuance annonce un rang, un métier, parfois même une exclusion.
La mode du Moyen Âge ne laisse pas de place à l’improvisation. Les accessoires définissent les règles du jeu social, séparent le marchand du noble, la bourgeoise de la servante. On lit l’époque dans chaque détail textile, dans cette mosaïque de matières et de coupes qui traverse l’histoire du costume français.

Matériaux, fabrication et petites anecdotes sur les chapeaux médiévaux
Dans les échoppes parisiennes du XIVe siècle, une règle prévaut : la compétence. La laine domine, matière première par excellence pour les chapeaux médiévaux. Le lin, discret mais présent, habille bonnets d’été et voiles féminins. La soie, rare et précieuse, réserve ses reflets à l’élite ou au culte, se faisant rare sur les étals du Moyen Âge.
Façonner un chef demande expérience et rigueur. Les chapeliers parisiens, dont parle Étienne Boileau dans son Livre des métiers, veillent à chaque geste. La teinture, complexe, requiert des bains minutieux et des pigments parfois importés d’Italie ou des Flandres. À Paris, la corporation garde jalousement ses secrets de fabrication : le chapeau de castor, venu du Nord, s’impose pour sa robustesse, tandis que le feutre local se distingue par sa souplesse et sa légèreté.
Quelques étapes clés illustrent ce savoir-faire :
- Un chapeau médiéval nécessite entre 6 et 12 gestes spécialisés : tonte, filage, tissage, mise en forme, teinture, couture.
- Au Haut Moyen Âge, la laine brute côtoie le lin blanchi, parfois récupéré sur de vieux draps.
- Obtenir un rouge éclatant, marque de prestige, passe par l’usage de la garance, ressource précieuse et réservée aux classes élevées.
Les collections de la Bibliothèque nationale de France regorgent d’illustrations de couvre-chefs inattendus. On y voit le bonnet d’étudiant voisinant avec le hennin effilé, tandis qu’en Italie ou en Bohême, les calottes de feutre gagnent les têtes des marchands. Les travaux de René Lespinasse le montrent bien : la diversité des chefs n’est pas un simple détail, c’est le reflet du génie inventif de tout un continent.
Le Moyen Âge s’invite ainsi jusque sur nos têtes : tour à tour, chaque couvre-chef raconte une histoire de hiérarchie, d’audace ou de tradition. Et derrière chaque couture, une vérité sur ceux qui les portaient.